Dans beaucoup d'immeubles chauffés au gaz ou au fioul, une question finit par se poser en assemblée générale : faut-il remplacer la chaudière collective avant qu'elle ne tombe en panne ? Le débat porte alors sur la marque, la puissance et le prix de la future chaudière, rarement sur le mode de chauffage lui-même.
La scène vous dit peut-être quelque chose : le syndic présente trois devis, les copropriétaires comparent les montants, et personne ne pense à demander si un réseau de chaleur passe dans la rue.
Votre immeuble n'est pas forcément raccordable. Mieux vaut le savoir avant de voter que de découvrir cette possibilité une fois la chaudière neuve installée.
Comment savoir si un réseau passe près de chez vous ?
Commencez par renseigner l'adresse de l'immeuble sur France Chaleur Urbaine, un service public gratuit qui recense sur une carte les réseaux existants et transmet la demande au gestionnaire le plus proche. Celui-ci étudie ensuite la faisabilité et envoie, le cas échéant, une estimation du coût de raccordement et du prix de la chaleur. La demande n'engage à rien, et elle vaut aussi pour une maison individuelle. En cas de réponse favorable, demandez au gestionnaire de préciser par où passera le branchement et où sera installée la sous-station : deux questions que les copropriétaires ne manqueront pas de poser en assemblée.

Tout dépend surtout de deux éléments : la distance entre l'immeuble et la canalisation la plus proche, et le mode de chauffage actuel.
Si votre immeuble est chauffé par une chaudière collective au gaz ou au fioul, c'est le cas le plus simple : les radiateurs et les colonnes montantes sont déjà en place, et le chantier se concentre au pied de l'immeuble, où la chaudière est remplacée par une sous-station d'échange reliée au réseau. Quand chaque logement dispose de sa propre chaudière au gaz, il faut créer tout un réseau de distribution intérieur, et les travaux deviennent alors lourds et coûteux.
Avant d'en parler au syndic, vous pouvez passer en revue avec Hellio les travaux de raccordement, leur coût et les aides qui peuvent les financer.
Quand le raccordement devient-il obligatoire ?
Lorsqu'un réseau est alimenté à plus de 50 % par des énergies renouvelables ou de récupération, équipé de compteurs et financièrement équilibré, il est classé d'office, sauf délibération contraire de la collectivité. Celle-ci définit alors autour de lui un périmètre de développement prioritaire, à l'intérieur duquel le raccordement devient obligatoire pour les bâtiments neufs et pour ceux dont l'installation de chauffage de plus de 30 kilowatts est remplacée. L'ADEME détaille ces conditions sur sa page consacrée au raccordement à un réseau de chaleur.
Il suffit de quelques logements pour atteindre ce seuil, que la puissance d'une chaudière de copropriété dépasse en général. Dans un tel périmètre, l'obligation s'applique donc à votre immeuble dès que le syndic fait chiffrer une chaudière neuve. Des dérogations peuvent être demandées à la collectivité, par exemple quand le raccordement est techniquement impossible ou d'un coût manifestement disproportionné.
Ces périmètres figurent sur la carte de France Chaleur Urbaine : consultez-la avant de signer un devis.
Comment comparer le coût avec une chaudière neuve ?
Sur la facture d'un réseau de chaleur figurent deux parts, que les professionnels désignent par R1 et R2. La part R1 varie avec la consommation : elle correspond au prix de la chaleur multiplié par l'énergie relevée au compteur de la sous-station. Quant à la part R2, c'est un abonnement calculé selon la puissance souscrite, qui couvre l'exploitation, la maintenance et le renouvellement des installations du réseau. Leur répartition varie selon le réseau, et notamment selon l'énergie qu'il utilise.
Sur un réseau géothermique, le coût des forages se traduit par des charges fixes élevées, et la part R2 y représente une fraction plus importante de la facture. Plus la part fixe est grande, plus le prix de la chaleur reste stable face aux hausses du gaz ou du fioul. Le mode de production a aussi son importance : un réseau alimenté en partie au gaz reste soumis aux variations de ce combustible.
Pour comparer, additionnez côté chaudière le coût du combustible, celui du contrat d'entretien et celui du futur remplacement de l'appareil. Côté réseau, ajoutez aux deux parts de la facture les frais d'entretien du circuit intérieur : ils sont facturés à part, car ils restent à la charge de l'immeuble. Vérifiez enfin le taux de TVA, lié lui aussi au mix énergétique du réseau : il est réduit à 5,5 % sur toute la facture quand le réseau utilise plus de 50 % d'énergies renouvelables ou de récupération, et sur l'abonnement seulement dans les autres cas.
Ce qu'il faut préparer avant l'assemblée générale
Le raccordement se décide en assemblée générale, et il ne peut être mis au vote que s'il figure à l'ordre du jour. Vous pouvez demander au syndic d'y inscrire la question, seul ou avec le conseil syndical. Lorsque l'estimation du gestionnaire de réseau n'est pas prête à temps, l'assemblée peut d'abord voter une résolution autorisant le syndic à faire étudier le raccordement, pour que les deux options soient présentées ensemble l'année suivante, sur la même durée et avec les mêmes postes de dépense.
Si la chaudière actuelle peut encore fonctionner un hiver ou deux, lancez la demande d'étude dès maintenant. La copropriété votera ainsi sur des chiffres comparables, plutôt que dans l'urgence d'une panne en plein mois de janvier.

Compte de la rédaction de La Maison des Énergies. Les articles relus et mis à jour par le rédacteur en chef, Julien Guiselin, sont signés de son nom.